L’histoire du karaté Kyokushin

Explorez les origines du karaté Kyokushin, la vie légendaire de Masutatsu Oyama et les valeurs fondamentales gravées au cœur de cet art martial ultime.

Masutatsu Oyama : Histoire du fondateur du karaté Kyokushin

Né en Corée en 1923 sous le nom de Choi Young-i, Masutatsu Oyama s’initie très jeune au Kempo chinois en Mandchourie, puis au Chabee traditionnel et au Goju-ryu. Émigré au Japon à la fin des années 1930, il adopte son patronyme japonais et progresse rapidement dans les arts martiaux, décrochant son 4e dan en karaté Shotokan et en judo à l’âge de 20 ans. Marqué par sa formation militaire au sein du Butokukai durant la Seconde Guerre mondiale et traumatisé par la capitulation du Japon en 1945, il traverse une période sombre marquée par la mort involontaire d’un homme lors d’une altercation. Soucieux de se racheter et guidé par le maître So Nei Chu vers la philosophie Zen, Oyama entame en 1946 un ascétisme extrême de 18 mois en montagne. Cet entraînement spartiate de 12 heures par jour lui permet de jeter les bases de sa propre doctrine martiale avant de remporter le Championnat National du Japon en 1947.

Pour prouver l’efficacité de son style de plein contact, fondé sur une synthèse innovante du Shotokan, du Goju-Ryu, du Chabee et du Taikiken, Oyama forge sa légende par des exploits spectaculaires dès les années 1950. Il affronte publiquement 52 taureaux à mains nues, défie et bat les plus grands maîtres japonais, et accomplit l’épreuve des 300 combats consécutifs. Lors d’une tournée internationale en 1952, il met K.-O. plus de 270 adversaires en quelques minutes, ce qui lui vaut le surnom de « Godhand » (« La main de Dieu ») et érige son principe de combat : Ichi geki, Hissatsu (« un coup, mort certaine »).

De retour à Tokyo, il ouvre ses premiers dojos, réputés pour la rigueur extrême de leurs entraînements au combat réel. En 1964, il fonde officiellement le Kyokushinkai (« l’association pour la recherche de la vérité ultime ») et publie des ouvrages majeurs pour diffuser sa méthode à l’échelle globale. À sa mort en 1994 des suites d’un cancer du poumon, son organisation se fractionne en plusieurs branches en l’absence de successeur désigné, mais son style demeure l’un des plus influents au monde, comptant aujourd’hui plus de douze millions de pratiquants séduits par la combinaison de l’efficacité au combat et des valeurs morales issues du Zen.

Fondateur karaté Kyokushin

Les 11 préceptes de Masutatsu Oyama (Zazen Niju Kun)

Extraites de ses écrits philosophiques et de son ouvrage The Kyokushin Way, ces onze maximes constituaient la ligne directrice personnelle du fondateur. Elles servent de repères moraux pour le comportement social et martial du karatéka :

1. Courtoisie : La Voie martiale commence et se termine par la courtoisie.

Par conséquent, soyez toujours authentiquement et profondément
courtois.

2. Persévérance : Suivre la Voie martiale est comparable à l’ascension d’une falaise.

Il faut continuer à monter sans relâche, sans s’accorder de repos.

3. Initiative : Recherchez toujours l’initiative dans toutes vos actions.

En veillant cependant à ce que vos actes ne soient jamais dictés par l’égoïsme ou l’irréflexion.

4. Argent : Même pour l’artiste martial, la place de l'argent ne peut être totalement ignorée.

Néanmoins, veillez à ne jamais vous y attacher excessivement.

5. Posture : La Voie martiale est centrée sur la posture.

Efforcez-vous de maintenir une posture correcte, tant sur le plan physique
que moral, en toutes circonstances.

6. Entraînement : La Voie martiale commence après mille jours d’entraînement.

L’initiation trouve son accomplissement après dix mille jours (la maîtrise).

7. Introspection : Dans les arts martiaux, l’introspection engendre la
sagesse.

Considérez toujours la réflexion sur vos propres actions comme une
opportunité de progresser.

8. Universalité : La nature et l’objectif de la Voie martiale sont universels.

Tous les désirs humains doivent être consumés dans la forge d’un entraînement sans compromis.

9. Adaptation : Les arts martiaux commencent par un point et se
terminent par un cercle.

Les lignes droites du mouvement trouvent leur fluidité dans la maîtrise des
trajectoires circulaires.

10. Esprit : Le véritable secret de la Voie martiale réside dans le combat
contre soi-même.

Vaincre ses propres faiblesses est le triomphe ultime.

11. Vérité : Le karaté Kyokushin exige une totale abnégation.

La puissance acquise par la sueur de l’entraînement doit s’effacer devant
la politesse et être mise au service de la justice et d’autrui.

Cours autodéfense

Le Dojo Kun (Le Serment du Dojo)

DOJO KUN

Nous entrainerons notre cœur et notre corps en vue d’acquérir un esprit ferme et inébranlable.

Nous poursuivrons toujours la vraie signification des arts martiaux et garderons nos sens en éveil.

Avec vigueur, nous chercherons à cultiver un esprit de privation personnelle.

Nous respecterons nos supérieurs ainsi que les règles de courtoisie et éviterons tout acte de violence.

Nous suivrons notre maitre et n’oublierons jamais les vraies vertus de l’humilité.

Sagesse et force, ce sont là, les seuls buts vers lesquels nous devrons nous élever.

Toute notre vie durant, grâce à la discipline du karaté, nous tâcherons d’obéir aux exigences de notre chemin, de notre cœur.

Telle est la voie du Kyokushin.

Analyse

1. La forge spirituelle et physique

« Nous entrainerons notre coeur et notre corps en vue d’acquérir un esprit ferme et inébranlable. »

Analyse : Ce premier point pose le principe du Shugyo (l’entraînement austère). La maîtrise technique n’est qu’un vecteur permettant de polir l’esprit et de stabiliser le mental face aux épreuves de l’existence.

2. La profondeur de la Voie

« Nous poursuivrons toujours la vraie signification des arts martiaux et garderons nos sens en éveil. »

   Analyse : Le karatéka ne doit pas se contenter de la pratique de l’art martial. Il doit intégrer la pratique jusqu’à ce qu’elle devienne une seconde nature, un état de vigilance et de lucidité constante (Zanshin).

3. Le renoncement à l’ego

« Avec vigueur, nous chercherons à cultiver un esprit de privation personnelle. »

        Analyse : Directement inspiré du Zen, ce précepte exige du pratiquant qu’il combatte son propre ego, sa vanité et ses désirs superficiels. La véritable force commence par la victoire sur soi-même.

4. L’étiquette et la courtoisie

« Nous respecterons nos supérieurs ainsi que les règles de courtoisie et éviterons tout acte de violence. »

Analyse : Oyama insistait sur le fait que « le karaté commence et se termine par la courtoisie ». Plus le pratiquant devient puissant, plus il doit faire preuve de politesse et de bienveillance pour ne pas devenir un danger public.

5. L’humilité et la sagesse

« Nous suivrons notre maitre et n’oublierons jamais les vraies vertus de l’humilité. »

       Analyse : Ce précepte prône le respect des croyances individuelles et met en garde contre l’arrogance. L’humilité est la barrière de sécurité indispensable pour le détenteur d’une force destructrice.

6. L’élévation intellectuelle

« Sagesse et force, ce sont là, les seuls buts vers lesquels nous devrons nous élever. »

Analyse : Le pratiquant doit chercher à s’élever intellectuellement et spirituellement tout au long de sa vie. Il s’agit d’une quête d’excellence qui refuse la médiocrité et les distractions futiles.

7. L’engagement d’une vie

« Toute notre vie durant, grâce à la discipline du karaté, nous tâcherons d’obéir aux exigences de notre chemin, de notre cœur. »

Analyse : Le Kyokushin n’est pas un sport de passage ou un loisir de jeunesse ; c’est un Budo, un art de vivre et un engagement à long terme qui doit guider les actions du quotidien jusqu’à la fin de l’existence.